« Ce qui est important, c'est de saisir les formes, les proportions, les équilibres de couleurs. Inutile de vouloir figurer l'âme, l'esprit ou le caractère d'une chose si l'on n'a pas le niveau technique requis. »  Philippe Lejeune

« Je ne peux que vous apprendre à dessiner, l’art c’est votre affaire. »

Lorsqu’on aborde un cours de dessin, on nous vante la créativité, l’expression de soi, et éventuellement un discours fumo-verbeux destiné à amadouer le client. Au début, on progresse car de toute façon à partir de zéro, il est rare de régresser. Si on est un tant soit peu lucide, au bout d’un certain temps, on s’aperçoit qu’on ne connaît pas grand-chose et que pour continuer il faut acquérir de vraies compétences. À partir de ce moment, il n’y a plus grand monde pour vous faire progresser (sauf certainement dans certaines écoles d’art) alors que c’est la partie qui s’enseigne vraiment.

Le dessin est un art* au sens ancien du terme. Un artisanat, un savoir-faire qui ne s’acquiert que par une longue pratique.

En ce qui concerne son apprentissage, le dessin se rapproche autant d’un sport (entraînement physique et mental) que d’un art.

« Le dessin est une chose mentale » Léonard de Vinci.

Le dessin dépend de la personnalité. Il y a des dessinateurs primesautiers, spontanés, il y a des dessinateurs lents, réfléchis. L’une des qualités ne prime pas l’autre. Comme pour toutes les disciplines, il faut exploiter ses forces et compenser ses faiblesses.

La réussite d’un dessin est directement liée à l’enthousiasme qu’on apporte à son travail (Roger de Piles). L’enthousiasme, le plaisir de réaliser une œuvre favorisent la concentration, la tension mentale. Indépendamment du résultat artistique, on a un plaisir à dessiner juste.

L’enseignant n’est qu’un accélérateur d’acquisition de compétences. On peut apprendre simplement en faisant, en expérimentant, mais on risque de perdre du temps à prendre des chemins déjà testés par d’autres et qui ne mènent à rien. Autant aller droit au but avec les bonnes méthodes si elles existent. Cependant le plus important reste la pratique personnelle.

L’alibi de la créativité. Le développement de la créativité est un argument de vente proposé par beaucoup de cours de dessin (surtout pour amateur). La créativité n’est pas liée qu’à l’art. Elle est sans doute beaucoup plus présente aujourd’hui dans de nombreuses autres activités humaines avec plus de consistance et de résultat que dans les arts graphiques.


* la science est le savoir, l'art est le savoir-faire