Les artifices sont des moyens plus ou moins justifiables et parfois uniquement subjectifs, pour rendre un dessin plus lisible, plus expressif, plus convaincant, plus « beau »…

On peut distinguer les artifices de facture et les artifices de composition.

Les artifices de facture s’appliquent à l’exécution du dessin. On utilise souvent les termes « renforcer » ou « faire ressortir ».

Les artifices de composition s’introduisent au moment de la conception de l’œuvre, ils sont relatifs à la disposition des éléments du tableau.

Artifice de facture

Les artifices de facture consistent principalement à augmenter les « contrastes ». Pour faire « ressortir » un objet par rapport à un autre (à d’autres), et lui attribuer une importance relative dans un but d’expressivité. Ces accentuations peuvent aller jusqu’à l’exagération et éventuellement sans justification visuelle objective.

  • Accentuer les formes par le clair-obscur (ombres et lumières) pour mieux exprimer les volumes, parfois à l’excès, par exemple sans source éclairante ou avec des sources éclairantes différentes selon les objets d’une même composition.

  • Homogénéiser et hiérarchiser le  clair-obscur pour donner une unité à la composition : le « tout-ensemble » de Roger de Piles. L’unification des valeurs évite un « papillotage » désagréable. « La valeur la plus claire dans l’ombre doit être plus foncée que la valeur  la plus foncée dans la lumière. »

  • Regrouper les valeurs claires d’une part et les valeurs foncées d’autre part (cas voisin de l’artifice précédent)

  • Exploiter la perspective aérienne (effet de distance) sous toutes ses formes : atténuation des contrastes, « floutage », évolution vers le bleu, même si les distances en jeu ne justifient pas une atténuation visuelle.

  • Amuser l’œil en éliminant  la monotonie de surfaces unies, en donnant artificiellement de la variété, de la texture.

  • Utiliser une facture graphique adaptée : hachure, grainage, courbes géodésiques, le coup de crayon ou ce qu’on appelle la touche dans la peinture pour exprimer un caractère : sensation ou sentiment.

  • Utiliser des contours (ou cernes). Les  contours n’existent pas dans la nature mais ils améliorent localement la lisibilité des formes. A la limite, un dessin se comprend uniquement par ses contours.

  • Utiliser les couleurs pour améliorer la lisibilité, de manière plus ou moins artificielle. Voir théorie des contrastes de Johannes Itten :

    • contraste de la couleur en soi,

    • contraste de valeur,

    •  contraste des couleurs complémentaires,

    •  contraste chaud froid,

    • contraste saturé/non-saturé,

    • contraste de quantité

  • Utiliser les couleurs pour exprimer la profondeur, selon les adages :

    • les couleurs chaudes « avancent », les « froides » reculent.

    • les ombres de premier plan sont froides, celle des plans éloignés sont chaudes.

Artifice de composition

Les artifices de composition sont évoqués par ailleurs :

  • Placer les éléments de la composition en superposition pour expliquer ce qui est devant/derrière (composition), sinon juxtaposer. Bannir les « tangentes ».

  • Éviter les coïncidences accidentelles : alignement fortuit de deux objets alors que rien ne l’exige.

  • Éviter de placer l’horizon au milieu de la feuille. Conseil standard : mettre l’horizon au 1/3 ou au deux tiers. De manière générale décentrer.

  • Éviter la monotonie des formes (sauf si on veut exprimer la monotonie)

  • Étudier les tracés régulateurs par lesquels le peintre conduit le regard du spectateur là où il veut.

  • Rassembler les objets en un « tout-ensemble », l’assemblage de plusieurs objets doit se présenter globalement comme un objet unique.

  • Éviter de faire « cogner » les éléments contre le cadre.

  • Laisser de l’air autour du sujet.

Danger des artifices

Les artifices agissent comme des condiments dans une préparation culinaire. Ils ajoutent du piment à l’œuvre. Ces artifices doivent toutefois être utilisés avec discernement, avec subtilité, sans excès, sinon ils apparaissent comme des clichés, des procédés. La qualité d’un artiste ne se juge pas à sa science des artifices. Même si certaines théories formalistes ou certains aphorismes sur la peinture réduisent celle-ci à une science des artifices graphiques. On peut même faire des œuvres intéressantes et originales en en prenant le contre-pied.